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LES ENCEINTE DE LIEGE

La tour Borcquet
(Il n'en subsiste actuellement plus aucun vestige)

Un vestige peu connu de notre enceinte fortifiée du XIIIe siècle.

par Georges HANSOTTE

Au sommet du Mont-Saint-Martin, dominant le boulevard de la Sauvenière d'où l'on aperçoit ses flancs garnis de lierre, la tour Moxhon doit à sa situation d'être bien connue des Liégeois, et passe, aux yeux de beaucoup d'entre eux, pour la dernière survivante de nos vieilles tours fortifiées (1). Il en subsiste cependant une autre, dissimulée par des constructions parasites et, de ce fait, ignorée de la majorité de nos concitoyens.

Lorsque au XIIIe siècle, les Liégeois entreprirent d'agrandir le périmètre fortifié de leur cité, ils intégrèrent dans l'enceinte nouvelle la masse quadrangulaire de la tour Moxhon, bien que l'architecture militaire du temps préférât flanquer les courtines d'ouvrages à front semi-circulaire. A partir de la tour Moxhon, la muraille descendait dans le vallon de la Légia, puis en escaladait l'autre versant, échelonnant ses défenses sur une ligne presque droite. Elle formait alors un angle prononcé et joignait la Hocheporte. C'est à cet angle que se dresse l'ouvrage dont nous voulons parler.

Son nom est aujourd'hui complètement oublié. Mais dans un recès de la cité, du 21 février 1595 (2), nous trouvons la mention suivante « Près ladite porte (de Saint-Martin), en tirant vers Hochaporte, convient ravaller les terres. Item, covient remonter la thour condist la thour Borcquet, et le recoverir pour y faire ung corps de garde. » Est-ce cette tour Borcquet que nous pouvons encore contempler aujourd'hui? Nous n'oserions l'affirmer.

Quoi qu'il en soit, le vestige en question doit son salut aux curieux travaux de terrassement grâce auxquels les Liégeois du XVIe siècle adaptèrent leurs remparts aux conditions nouvelles de la guerre de siège lors de l'érection du boulevard de Saint-Esprit (3), elle fut comblée de terre. A demi engagée dans la masse de ce bastion, elle a échappé à la démolition.

Elle se dresse aujourd'hui au fond de la cour d'une des maisons de la rue Louis Fraigneux. Au sommet, ses murailles ont servi de fondations à une partie de l'immeuble sis au n° 2 de la rue des Remparts; elle a donc perdu son couronnement. De type semi-circulaire, elle fait saillie sur le rempart médiéval encore visible à cet endroit et, comme lui, elle est construite en moellons de grès houiller. Elle s'apparente par son appareil aux murailles de la Montagne Sainte-Walburge, les mieux conservées de notre enceinte du XIIIe siècle. A sa base, elle repose sur le roc, qui a été fortement entaillé, sans doute pour améliorer encore la défense de l'ouvrage. Aucune ouverture ne perce ses flancs, mais à proximité, dans la courtine qui s'y rattache, on remarque une baie aujourd'hui murée; aux dires des habitants du voisinage, une cavité s'ouvre en cet endroit, et il aurait été question d'y aménager un abri public.

Pour la connaissance des fortifications médiévales de la cité, cette tour constitue un document de première valeur. Elle a survécu au démantèlement de 1468: puisse la pioche du démolisseur l'épargner longtemps encore (4).


(1) Depuis la disparition des ouvrages fortifiés qui existaient encore rue Porte-aux-Oies en 1912. (La Meuse, 19 juin 1912).

(2) Recès du Conseil de la Cité, 1593-1595, f. 213.

(3) Peut-être même plus tôt.

(4) Notre attention a été attirée sur ce vestige au cours ‘une enquète préparatoire à des fouilles éventuelles, enquête dont nous avait chargé le serice ddes Fouilles de l’Etat.

Promenades Historiques dans le pays de Liège, Docteur B. Bovy, tome 1, page 4.

1203 - Après autre ans d’interruption occasionnée par ces troubles, les travaux des fortifications furent repris avec vigueur; une haute muraille fut tirée depuis Payen-porte jusqu'à Hoche-porte; la dépense en fut couverte par le produit de la vente de la superbe forêt de Glain et par celui d'un impôt que l'on établit à l'entrée de la ville, consensu ordin urn.

On s'est souvent demandé d'où vient le nom de ces portes. Pour la première, la réponse est facile, selon moi; son nom est celui de la famille patricienne dont parle Hemriconrt (1), à la garde de laquelle elle fut sans doute confiée, ou bien qui possédait des propriétés contigües. Quant à celui de Hoche‑porte, autrefois Porte du St‑Esprit (2), je suis parvenu à trouver dans un très vieux manuscrit (5), que du temps de Hugues de Pierrepont, l'abbaye de Hocht, de l'ordre de Citeaux, près de Maestricht, étant abandonnée faute de moyens d'y subsister, cet Évêque la fit agrandir et y appela des religieuses du même ordre (4). Il consacra à la dépense de cet ouvrage les revenus du passage par le guichet de la porte du St‑Esprit qui dès lors prit le nom de Hocht‑porte , dont on a fait Hoche‑porte. On lit dans l'Annuaire de la province de Limbourg, année 1830, que lorsque les Dominicains entrèrent à Maestricht en 1231, le chevalier Adam de Haren leur offrit l'hospitalité. La maison où ils descendirent était située près de la grande porte de la ville, connue postérieurement sous le nom de: die alide hochterpoorte , et plus tard sous celui de Gevangenpoort.

Disons aussi un mot de la porte du pont Meghin. Elle n'était jadis qu'une sorte de pont‑levis, nommée Porte de Hongrie, qui interceptait le chemin de halage sur cette partie de la rive gauche de la Meuse (5). Sur la représentation des bateliers, la magistrature de 1594 acheta la propriété de Maghin, famille mentionnée par Hemricourt (6); le nouveau pont et la porte furent construits sur ce terrain qui en retint le nom de Maghin. Les bateaux passaient sons ses arches pour arriver à la gare creusée le long des remparts, jusqu'à la porte St‑Leonard. Cet utile bassin a été comblé de nos jours et orné d'une jolie plantation d'arbres. En 1852, le pont Maghin a été démoli; son emplacement fait maintenant suite au quai de la Batte qu'il relie à celui de St‑Leonard.


(1) Miroir des nobles de la Hesbaye, première édit. pag. 312.

(2) Loyens, Recueil héraldique, pag. 541.

(3) Depas. clerc des 12 seigneurs, continuateur de jean dt Slavelot. (inédit)

(4) Les Delices du pays de Liege, tom, 4 p, 141,

(5) Loyens, pag. 540.

(6) Edition de Jalheau, pag. 169.

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